Fjords de l'Est
Une succession de fjords étroits entre Höfn et Egilsstaðir, des villages de pêche aux maisons de bois colorées et la seule région d'Islande où vivent les rennes.
Entre Höfn au sud et Egilsstaðir au nord, la route 1 quitte les plaines glaciaires du Vatnajökull pour s'enrouler autour d'une succession de fjords étroits creusés dans des montagnes de basalte. Sur environ 270 kilomètres, elle longe des falaises plongeant directement dans la mer, traverse des petits ports de pêche encore en activité et grimpe par moments à plus de 600 mètres pour franchir des cols isolés. C'est la portion la moins fréquentée du tour de l'île, celle où nous envoyons les voyageurs qui veulent ralentir.
La géographie commande tout ici. Les Fjords de l'Est sont le résultat de l'érosion glaciaire sur un socle volcanique ancien, parmi les plus vieilles roches d'Islande, datées d'environ 13 millions d'années. Les vallées sont profondes, étroites, et chaque village s'est installé au fond d'un fjord, à l'abri relatif des vents d'ouest. Djúpivogur, Stöðvarfjörður, Fáskrúðsfjörður, Reyðarfjörður, Eskifjörður, Neskaupstaður : chacun a sa physionomie, sa flotte de pêche, sa rue principale alignée le long du quai. Fáskrúðsfjörður a conservé une mémoire française particulière, héritage des pêcheurs bretons et normands qui y faisaient escale au XIXe siècle, avec des panneaux de rue bilingues et un petit musée consacré à cette histoire.
Seyðisfjörður, accessible depuis Egilsstaðir par le col de Fjarðarheiði à 620 mètres, est le village que la plupart de nos voyageurs retiennent. La descente sur le fjord, en lacets le long de la cascade Gufufoss, débouche sur un ensemble de maisons en bois aux façades colorées, importées de Norvège préfabriquées au début du XXe siècle. C'est aussi le port d'arrivée du ferry Norröna qui relie le Danemark et les Féroé, ce qui en fait pour certains voyageurs européens un point d'entrée alternatif à Keflavík. La rue Norðurgata, avec sa série de maisons restaurées et la Bláa kirkjan, l'église bleue, donne au village une cohérence architecturale rare en Islande.
La faune marque aussi cette région. Les rennes, introduits depuis la Norvège entre 1771 et 1787, ne vivent plus à l'état sauvage que dans l'est de l'Islande. Nous les voyons régulièrement en bord de route au-dessus de Breiðdalsvík ou sur les hauteurs de Fljótsdalur, surtout en hiver quand ils descendent vers la côte. Côté oiseaux, le fjord de Borgarfjörður eystri, au nord de la zone, accueille de mai à mi-août une colonie de macareux installée sur le rocher de Hafnarhólmi, observable depuis une plateforme à quelques mètres des nids. C'est l'un des sites les plus accessibles du pays pour les voir sans bateau.
L'économie locale repose toujours sur la pêche, en particulier le hareng, le cabillaud et la crevette, mais l'usine d'aluminium de Reyðarfjörður, ouverte en 2007, a modifié la démographie de la zone centrale. Pour le voyageur, cela signifie des villages encore habités à l'année, des restaurants ouverts hors saison à Egilsstaðir et Seyðisfjörður, et une vie qui ne dépend pas uniquement du tourisme. Côté table, nous orientons souvent vers le poisson fumé de Djúpivogur, les langoustines de Höfn juste au sud, et la bière brassée à Egilsstaðir.
Au-delà de la côte, l'intérieur vaut une journée. Le lac Lagarfljót, long de 25 kilomètres et profond de 112 mètres, s'étire entre Egilsstaðir et la forêt de Hallormsstaður, la plus grande d'Islande même si elle reste modeste à l'échelle continentale. Au bout de la vallée, la cascade Hengifoss tombe de 128 mètres entre des strates de basalte rouge et noir, après une montée d'environ 2,5 kilomètres. C'est ce mélange, fjords habités côté mer et vallée intérieure plus douce côté Egilsstaðir, qui fait l'intérêt de la région.
À découvrir
Seyðisfjörður et le col de Fjarðarheiði. Descente en lacets depuis 620 mètres vers un fjord encaissé, maisons en bois norvégiennes de la rue Norðurgata et église bleue au bord de l'eau.
Macareux de Borgarfjörður eystri. Observation à quelques mètres depuis la plateforme de Hafnarhólmi, de mai à mi-août, sans avoir besoin de prendre un bateau.
Cascade Hengifoss et basalte rouge. Marche de 2,5 kilomètres au-dessus du lac Lagarfljót jusqu'à une chute de 128 mètres encadrée de strates volcaniques rouges et noires.
Mémoire française de Fáskrúðsfjörður. Anciens dortoirs de pêcheurs bretons reconvertis en musée, panneaux de rue bilingues français-islandais, cimetière des marins en bord de fjord.
Rennes sauvages des hauteurs. Seule région d'Islande où on les croise régulièrement, surtout en automne et en hiver entre Breiðdalur et Fljótsdalur.
Quand y aller
Nous conseillons les Fjords de l'Est de fin mai à mi-septembre. Juin et juillet sont les mois les plus stables, avec des températures côtières entre 9 et 14 °C, des journées de 20 à 22 heures de clarté, et l'accès garanti à toutes les routes secondaires, y compris la piste 94 vers Borgarfjörður eystri. C'est aussi la fenêtre des macareux, présents jusque vers le 15-20 août. Mai reste frais, autour de 5 à 8 °C, mais offre une lumière douce et peu de monde. Septembre apporte les premières aurores et des couleurs d'automne sur les bouleaux de Hallormsstaður.
De novembre à avril, la région demande de la prudence. Le col de Fjarðarheiði vers Seyðisfjörður ferme régulièrement après les chutes de neige, parfois plusieurs jours d'affilée, et la route 1 elle-même peut être coupée par les vents dans les sections de Berufjörður ou Hvalnes. Les températures côtières restent modérées, entre -2 et 4 °C, mais le verglas et les rafales rendent la conduite exigeante. Nous ne programmons cette région en hiver qu'avec un véhicule 4x4 et un itinéraire flexible.
Conseils pratiques
Comptez au minimum 2 nuits dans la région pour en saisir la mesure, idéalement 3 si vous voulez monter à Borgarfjörður eystri, ce qui ajoute une journée aller-retour depuis Egilsstaðir. La densité d'expériences est moindre que sur la côte sud, mais c'est précisément l'intérêt : peu de bus, des hébergements à taille humaine, des soirées calmes dans des villages de 200 à 700 habitants. Egilsstaðir, avec son petit aéroport relié à Reykjavík par 1 heure de vol, est le point d'entrée logistique si vous voulez gagner du temps, sinon la région s'insère naturellement entre la Côte Sud et la zone Nord et lac Mývatn dans un tour de l'île de 10 à 14 jours.
Le confort va de la guesthouse familiale au petit hôtel design, notamment à Seyðisfjörður et Egilsstaðir. Les voyageurs qui s'y plaisent le mieux sont ceux qui acceptent de ralentir : amateurs de marche douce, photographes, voyageurs en couple ou en famille avec enfants à partir de 7-8 ans qui supportent les distances en voiture. Pour les randonneurs plus engagés, les sentiers de Víknaslóðir au départ de Borgarfjörður eystri offrent 5 à 7 jours de traversée entre fjords abandonnés. Nous combinons souvent cette région avec les Hautes Terres en été, via la piste F910 depuis l'est, pour les voyageurs équipés et accompagnés.
